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samedi 12 mai 2018

La politique du nouveau...

ancienne blague sur Nicolas Sarkozy, remise au goût du jour pour Macron :

lisez de haut en bas :



... Puis relisez, de bas en haut !




mardi 27 mars 2018

Comment Umberto Eco est devenu un "rescapé de l'enfer ferroviaire américain"

Bonjour à chacun !



A l'heure des manifestations et des grèves pour protéger notre service public, et en particulier la SNCF, de la privatisation, j'avais envie d'arrêter de pleurer sur ce que nous réservent les élites politiques du pays, et, pour changer un peu, de rigoler avec vous, à la lecture de ce qu'Umberto Eco écrivait à propos du système ferroviaire américain.



Pour rappel, Umberto Eco, c'est cet intellectuel accompli qui a écrit "Le Nom de la Rose" et "Le Pendule de Foucault", mais également un universitaire renommé, sémiologue, linguiste et médiéviste, professeur émérite de l'Université de Bologne (en Italie).
Ecrivain de génie, donc, mais aussi érudit invétéré et grand voyageur, Eco a eu l'occasion de découvrir le chemin de fer "à l'américaine"... Pour son malheur :

« (...) Comme je devais me rendre dans trois localités de la Côte Est, je me suis déplacé en train.
Les chemins de fer américains sont le reflet de ce que pourrait être la Terre après une guerre atomique. Oh, bien sûr les trains partent ! Le problème, c'est qu'ils arrivent avec six à sept heures de retard, quand ils ne tombent pas en panne en rase campagne ; quant aux gares, elles sont immenses, glaciales, vides, sans un bistrot, hantées par des types aux mines patibulaires, sillonnées de souterrains rappelant le métro New-Yorkais du Retour sur la planète des singes. La ligne New-York-Washington, qu'empruntent journalistes et sénateurs, offre - en première - le confort d'une business class et on y sert un repas chaud du niveau d'un restau U. Mais sur les autres dessertes, les wagons sont dégoûtants, les banquettes en skaï éventrées, et le bar propose une nourriture à vous faire regretter (et j'exagère à peine) la sciure recyclée de nos trains régionaux.
On nous abreuve de films en Technicolor nous montrant des crimes abominables commis dans de luxueux wagons-lits où des femmes blanches sublimes sont alimentées en champagne par des serveurs noirs tout droit sortis d'Autant en emporte le Vent. Faux, archifaux. En réalité, les passagers noirs des trains américains sortent tout droit de La Nuit des morts-vivants et les contrôleurs blancs arpentent dégoûtés les couloirs en trébuchant sur des boîtes de Coca, des bagages abandonnés, des journaux enduits d'une mayonnaise ayant giclé des sandwichs emballés dans du plastique bouillant, irradié par des micro-ondes très dangereuses pour le patrimoine génétique.
En Amérique, le train n'est pas un choix. C'est une punition pour avoir ignoré l'étude de Max Weber sur l'éthique protestante et l'esprit du capitalisme, et commis l'erreur de rester pauvre. »

Eco, Umberto. 1992. "Comment voyager dans les trains américains".
In : Comment voyager avec un saumon, trad. Myriem Bouzaher (1997)
Grasset/ Librairie Générale Française, coll. Le Livre de poche, pp.62-63


Un peu plus loin dans le même texte, Umberto Eco se qualifie lui-même de "rescapé de l'enfer ferroviaire", d'où le titre du présent billet...

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jeudi 22 mars 2018

Zuckerberg s'excuse !

C'est écrit partout en long, en large, en gras et en travers : Cambridge Analytica : le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, reconnaît « des erreurs »...

Mais, au juste, quelle "erreur" reconnaît-il ?

D'avoir vendu des données à une entreprise qui les a, elle-même, revendu à un laboratoire britannique à la solde de l'américain Donald Trump qui s'en est servi pour calibrer sa campagne électorale ?

Les news parlent de "piratage des données"... De qui se moque t-on, Franchement ?
Facebook est une entreprise qui a basé tout son business model - toute sa rentabilité - sur la vente des données de ses membres aux entreprises !!

La soi-disant "erreur" de Facebook, selon Mark Zuckerberg, c'est juste la stratégie commerciale que sa société déploie depuis une dizaine d'années, et qu'elle va continuer à déployer, dans les décennies à venir...!

Une "erreur" ? Laissez-moi rire (jaune) ! Quelle valeur peut bien avoir l'excuse de Zuckerberg quand l'erreur en question n'est pas une simple irrégularité, une négligence à réparer, une défaillance du système, non, parce que c'est le fonctionnement normal du système lui-même, sa stratégie économique, qui a abouti à cette "fuite" des données des électeurs américains ?
Mais une fois encore, les journalistes répètent les mots de Mark Zuckerberg sans chercher ni à enquêter, ni même à simplement s'informer de ce qu'il se passe - et, ce qu'il se passe, c'est que Facebook vend nos données aux entreprises -.

Petite anecdote croustillante : le dico des synonymes du CNRS hébergé par l'université de Caen indique que parmi les synonymes d'erreur, le terme de duperie correspond (vérifiez par vous-même ici : http://www.crisco.unicaen.fr/des/synonymes/erreur )


Mais attention : il y a une autre question à se poser ici : Qui se moque de qui ?

En l'occurrence, Zuckerberg se moque des membres de son réseau social qui ont accepté la vente de ces données en s'inscrivant sur le site, et en donnant leur accord pour que leurs données appartiennent à la société Facebook...
Et qui ensuite se fichent eux-mêmes sur le site !


Nous sommes donc dans la situation classique où un "escroc" (non, je ne considère pas Zuckerberg comme un escroc, ceci n'est qu'une analogie) s'adresse à des pigeons qui n'ont pas lu le contrat qu'ils ont signé avant de le faire.

Qui faut-il plaindre : les pigeons, ou l'entrepreneur qui a profité de leur manque d'intelligence et a par la suite à répondre de ses actes ?


...Telle est la question que je me pose, et je n'ai pas la réponse.

...Et parce qu'un peu d'autopub' ne peut pas me faire de mal, si vous vous intéressez à l'histoire religieuse du "buzz", vous pouvez aller lire, sur mon autre blog :
https://jetecherche-des-laube.blogspot.fr/2018/03/le-tout-premier-buzz-de-lhistoire-de.html


Salut à tous, et à la prochaine !

samedi 20 janvier 2018

Le Doc fait de la doc'

Je suis un fan absolu de la série Doctor Who. Récemment, je me suis donc mis à lire les comics publiés sur ce curieux personnage qu'est le Docteur :il est finalement, un simple touriste spatio-temporel qui visite les époques et les civilisations aliens comme nous visiterions le Taj-Mahal, et il le confirme quand il essaye vainement de savoir de quoi il parle en abordant les sciences & techniques de l'information et de moderniser le titre de sa compagne de voyage, assistante bibliothécaire, confondant allégrement information retrieval et document storage...


(source : Doctor Who - Le 11e Docteur : T1. De : Al Ewing et Rob Williams, avec la collaboration aux illustrations de Simon Fraser et Boa Cook, édité en France par Akileos (juin 2016).)

samedi 16 décembre 2017

actualité : la peur et la provocation ; décidément le pathos se répand..!

Le nouveau Star Wars est sorti ! Mais comme tout le monde sait déjà qu'après le néant scénaristique du VII, il ne pouvait pas être bon, comme nous en avait prévenu l'ami Durendal sur sa chaîne YouTube (voir https://www.youtube.com/watch?v=6GB3fnjXYGk ), tout le monde s'en tape et préfère s'apitoyer sur un monde sans Jonnhy. Et les médias nous en remettent des couches et des couches, que ça n'en finit pas... après "Je suis Charlie" : nouvel avatar de la pathologie de la communauté française qui tente désespérément de trouver des raisons de se sentir soudée, le phénomène : "Je suis Johnny" (je ne rigole pas : https://www.francetvinfo.fr/culture/johnny-hallyday/j-ai-pense-au-pire-apres-la-mort-de-johnny-hallyday-il-cherche-une-nouvelle-raison-de-vivre_2513183.html) nous emporte et le pathos se propage, il ne se passe pas une heure sans que les flux MSN ne m'apporte un nouveau lot de complaintes de la part d'une France décapitée et pleurant littéralement comme un poulet sans tête parce qu'elle a perdu son Johnny (à une époque où les moyens numériques d'enregistrement, pourtant, nous permettent d'hériter de la totalité d'une œuvre qui n'avait plus cru depuis quelques années déjà). Qu'on soit bien d'accord : le décès d'une personne est toujours une tragédie - particulièrement pour ses proches -, et j'avoue que ç'a m'a fichu un coup à moi aussi quand j'ai appris la nouvelle.

Mais là où ça devient pathologiquement grossier, là où ça devient une injure proprement scandaleuse à la mémoire du chanteur, c'est de voir combien tous les personnages public accourt en rang, motivé par la misérabilissime perspective de récupérer un morceau de l'aura de notoriété du personnage, en s'affichant sous les feux des projecteurs pour pleurer à qui mieux mieux. Que la disparition d'un artiste qui a inspiré des milliers de personnes puisse nous émouvoir, soit. Et j'ai particulièrement apprécié l'hommage qu'on lui a rendu à la Tour Eiffel (www.parismatch.com/Actu/Societe/La-Tour-Eiffel-dit-Merci-a-Johnny-1413677). Mais en quoi les disparitions quotidiennes de milliers de personnes, en France et dans le monde, sont-elles moins bouleversantes que celle-ci ? Alors pourquoi chercher à tout prix à se mettre en avant en profitant de ce personnage public pour se mettre en scène en train de pleurer ?

Le décès d'une personne est toujours une tragédie, et j'avoue que ç'a m'a fichu un coup à moi aussi quand j'ai appris la nouvelle.

On dirait qu'il y va de l'honneur - ou du déshonneur - des personnalités de ne pas être vu en train de larmoyer à qui mieux mieux. A ce compte, je préfère encore l'hommage du fan de quartier (cf. "Je suis Jonnhy", plus haut). Au moins, grâce à Johnny, il sera sorti de l'anonymat pour sa journée de deuil médiatisée...

Même quand une personnalité s'abstient de s'afficher à son enterrement, - en l'occurrence, Jacques Dutronc (www.voici.fr/news-people/actu-people/mort-de-johnny-hallyday-pourquoi-labsence-de-jacques-dutronc-netait-pas-vraiment-une-surprise-642178) - ça prend des allures de publicité, même quand une personnalité souhaite pleurer le disparu dans l'intimité, il faut que ce soit affiché, proclamé publiquement !
Bordel, on est allé jusqu'à interviewé le prêtre qui célébrait la messe d'obsèques ! (www.voici.fr/news-people/actu-people/mort-de-johnny-hallyday-les-confidences-du-pretre-qui-a-celebre-les-obseques-de-la-star-642183) Est-ce le rôle d'un prêtre que de donner des interviews sur l'inhumation d'une personne ? C'est cool que l'on oublie pas le côté chrétien de Johnny Hallyday, pour moi qui suis croyant également, mais ne devrait-il pas y avoir un devoir de réserve de la part d'un officiant qui est là au service de Dieu et de la communauté des croyants, et non pas pour donner des quintaux de blé à moudre aux médias people (car oui, je tiens le Figaro pour un journal people) ? Et quand ceux-ci en ont assez, c'est au tour de sa femme d'être "harcelée" à grands coups d'articles à sensations (http://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/laeticia-hallyday-comment-la-jeune-femme-fragile-quelle-etait-est-devenue-lepouse-forte-de-johnny-hallyday_410510).

Bref, je ne vais pas en donner davantage, nous sommes en présence une nouvelle fois du sensationnalisme médiatique qui veut nous faire tomber dans le pathos, énième exemple de la folie que notre société de l'information irresponsable fait peser sur nous.

Et à propos de société de l'information, ceux qui me connaissent savent que je n'aime pas le politiquement correct, que je considère comme le dernier refuge (et la plus hypocrite) de la censure moderne. Néanmoins, j'ai le plaisir d'être récemment tombé sur l'exception qui confirme la règle : en effet, il appert que "L'humoriste Tex ne présentera plus "Les Z'amours" sur France 2, après une blague sur les femmes battues" (https://www.francetvinfo.fr/culture/tv/l-humoriste-tex-ne-presentera-plus-le-jeu-les-z-amours-sur-france-2-apres-une-blague-sur-les-femmes-battues_2515021.html), et que présenter de vagues excuses après avoir banalisé la violence conjugale (https://www.francetvinfo.fr/societe/violences-faites-aux-femmes/l-animateur-tex-presente-ses-excuses-apres-une-blague-sur-les-violences-faites-aux-femmes_2495701.html#xtor=AL-85-[contenu]) ne suffit pas à se faire pardonner. 

Car peut-on rire de tout, aujourd'hui ?

Oui, aimerais-je pouvoir dire, sauf que si on banalise à travers nos plaisanteries potaches, la violence faite aux femmes, les jeunes, toujours plus cons qu'ils ne veulent l'admettre, et les moins jeunes, toujours moins sages qu'ils ne veulent le faire croire, trouveront ça normal, de parler de violence, et du discours au passage à l'acte, il n'y a qu'un geste...




Et c'est pourquoi je suis heureux de constater qu'au moins sur un front, on gagne du terrain et que le phénomène dit de libération de la parole des femmes harcelées permette - au moins en discours, mais en espérant que les actes suivront - de mettre n œuvre des politiques de sensibilisation à la protection des femmes (https://www.msn.com/fr-fr/video/actualite/violences-faites-aux-femmes-la-prise-de-conscience-est-globale/vi-BBGO7jm?ocid=spartanntp).

Il me semble malgré tout que plus on parle de droits des femmes, plus il y a d'hommes publics qui sacrifient à la provocation en éprouvant le besoin de sortir en public des blagues (au demeurant inintéressantes, donc ratées) sexistes, dans une sorte de foutage de gueule géant envers ceux qui, semblent-ils penser, prennent leur cause trop au sérieux. Provocation et peur : est-ce le signe que la cause avance, ou qu'elle recule ?

Enfin, je ne voulais pas quitter ce billet sur une note trop optimiste, concluons donc en retombant dans le négativisme généralisé par l'annonce apocalyptique d'une "fin de la neutralité d'Internet au Etats-Unis" ; je ne vais pas vous expliquer en quoi ça consiste, vu que vous devez être déjà blasés de toutes les explications qu'on trouve déjà un peu partout sur le réseau, sachez seulement que selon toute apparence, les journalistes en ont très peur :

ainsi, si je vous écris :
« Conséquence directe de cette logique : non seulement certaines pages se chargeraient plus lentement et les grosses plateformes seraient largement favorisées par rapport aux structures émergentes. »

saurez-vous deviner la fin de cette phrase ?
Si vous êtes attentifs, un indice vous montrera que cette phrase est infinie : elle se termine sur un point qui masque son infinitude - ou plutôt son incomplétude -. C'est pourtant bien ainsi que je l'ai lue dans le flux MSN (https://www.msn.com/fr-fr/actualite/monde/fin-de-la-neutralité-du-net-aux-etats-unis-de-quoi-s’agit-t-il/ar-BBGKwR4?ocid=spartanntp), mais quelques heures plus tard, le journaliste a corrigé sa phrase dans l'article d'origine chez la plateforme de Libé (www.liberation.fr/planete/2017/12/14/fin-de-la-neutralite-du-net-aux-etats-unis-de-quoi-s-agit-il_1616711) en supprimant le "non seulement" coupable d'incohérence sémantico-syntaxique.

Ici, vous vous apercevez que je ne parle pas du tout des enjeux politiques et économiques d'Internet, mais seulement de la fichue incompétence multi-récidivée des journalistes - des professionnels de l'information, donc - de s'exprimer correctement dans leur langue native. Comment s'étonner de la mort annoncée de la langue Française après cela, surtout sachant que les éditions de monographies imprimées et que les textes officiels se mettent de la partie ? 

Toujours est-il que le journaliste devait avoir diablement peur de voir censurer le flux de sa page sur internet, pour ne pas assumer sa faute jusqu'au bout et la corriger quelques heures plus tard. Comme quoi, n'écoutez pas ce que vous disent les journalistes : il n'y a pas qu'aux Etats-Unis que la loi mettant fin à la neutralité d'internet a de l'influence : en France aussi, les journalistes en ont peur..!


vendredi 7 juillet 2017

Autant en emporte le Vent : Réponse ouverte au youtubeur Durendal

Bonjour, cher ami

Petite précision : comme je l'ai dit dans l'un des commentaires à propos de ton épisode 50, je ne suis pas spécialiste des techniques cinématographiques. J'ai dût tourner dans ma vie une dizaine de vidéos, toutes de plus mauvaises qualités techniques les unes que les autres, et je ne peux m'enorgueillir de connaître quelques termes du métier que j'ai pécho par-ci par-là sur internet ou ailleurs.

Je ne suis que ce qu'il est convenu d'appeler un spectateur, un amateur de cinéma.

J'adore tes vidéos et celles du fossoyeur (notamment j'ai particulièrement apprécié ta critique de Twilight !) et selon l'adage, on sait que qui aime c...ontredit bien.

Je vais donc discuter uniquement du point de vue scénaristique à propos de ta critique d'Autant en emporte le Vent


(Je laisse le soin aux lecteurs de trouver par eux-mêmes la dernière partie, le moteur de recherche de Youtube sera votre ami.)

Pour commencer, je suis parfaitement d'accord avec ce que tu dis en intro, au cours de l'extrait (5e mn à peu près) : Autant en Emporte le Vent n'est PAS une histoire d'amour. C'est une parfaite idiotie de croire que c'est un film romantique, ou une histoire d'amour.

AELV (je vais abréger ainsi pour aller plus vite), est l'histoire d'un traumatisme. Il se sert d'un personnage : Scarlett O'hara, pour montrer qu'en grandissant, on s'aperçoit que la vie est une défaite, car elle ne nous apporte jamais ce que nous désirons.

Accrochez-vous, amis lecteurs qui passez par là par hasard, parce que ça devient philosophique, j'ouvre ici une longue une parenthèse : Si vous n'aimez pas la réflexion morale ou éthique, vous pouvez passer votre chemin. Sinon, bienvenue. Poursuivons.

Avant de se demander si le sens de la vie c'est de répondre à nos désirs, une question plus importante se pose :

Que nous désirons ?

Pour certains, la célébrité, pour d'autre, la richesse, pour d'autres, se marier avec l'être aimé (c'est le cas de cette pauvre Scarlett). Mais ces différents désirs peuvent être résumer par les mots de Nietzsche : la volonté de puissance.

Tout désir, en fin de compte, se ramène à celui d'avoir le puissance de réaliser nos désirs. Le succès social - quel que soit la forme qu'il prend, richesse, célébrité, etc. -

Et ce film est parfaitement anti-niezschéen 😁. Il démolit le fantasme de la volonté de puissance qui sommeille en nous.

Je vais spoiler directement : inutile d'attendre la fin de votre lecture et, si vous n'avez pas vu ce film et que vous ne voulez pas le voir, alors voici le dénouement : Scarlett O'hara n'obtiendra jamais ce qu'elle désire tout au long du film : à savoir : vivre en couple avec le bel Ashley.

L'histoire est à l'origine bien sûr celui du roman de Margaret Mitchell, femme sudiste ayant vécu bien après la guerre de Sécession, mais qui en a vu les conséquences. Dès lors, il est logique que le film soit pro-sudiste, et qu'il montre le point de vue du vaincu.

En quoi cela est-il scandaleux pour autant ? Il s'agit certes d'une apologie d'une civilisation reposant sur l'esclavage, et nous sommes, aujourd'hui, tout plus ou moins conditionnés pour être indignés et révoltés contre l'esclavage. Moi pas plus qu'un autre ne souhaite revenir à une époque où nous asservissions les noirs dans les plantations de coton.

Mais au-delà des sentiments que l'esclavage nous inspire, il faut se rappeler que nous sommes très mal placés pour juger nos aïeux : issus d'une culture qui a été chamboulée par de nombreux événements historiques, rappelons que notre vision actuelle des chose, c'est la logique que vainqueur a imposé, et qui progressivement, a acquis sa légitimité dans nos esprits. Petit parallèle historique : la France n'a aboli l'esclavage que bien après l'Union : il faut attendre un décret décembre 1905 pour que l'esclavage qui persistait sous des formes camouflées et tolérées depuis 1848 dans les colonies Africaines soit définitivement interdit - et son application a encore pris quelques temps !

Evitons de regarder de haut des sudistes qui défendaient leur intérêt, certes, au dépens des esclaves - et je me réjouis que le Nord ait pu apporter la liberté à la population noire (quoique les nordistes ne traitèrent pas forcément les noirs avec beaucoup plus de dignité, mais c'est un autre débat), en cherchant à imposer au Sud un modèle économique nouveau -, parce que nous sommes culturellement conditionnés à ne pas aimer les esclavagistes.

Il reste que ce film n'est pas un film d'amour, nous sommes d'accord là-dessus. C'est un film sur la désillusion de la défaite. Malgré tous ses efforts, Scarlett O'hara n'arrivera jamais à ses fins. Elle épousera deux hommes (jamais celui qu'elle souhaite), deviendra riche en exploitant des bagnards pour faire marcher une scierie, deviendra une femme d'affaires, cruelle et rapace. Rien à faire : elle demeurera toujours, cette éternelle demoiselle insatisfaite qui ne peut pas avoir le seule chose qu'elle désire vraiment : le beau Ashley pour elle toute seule.

Scarlett n'est bien sûr qu'une personnification de la défaite de la Géorgie, une personnification de la désillusion des sudistes vaincus. Elle sert de canal au récit du film celui du traumatisme de la défaite.

Et il est intéressant de voir que moins Scarlett ne parvient à ses fins, plus elle se durcit, plus elle devient dure, cruelle, et antipathique à nos yeux.

Je ne vais pas reprendre ici toutes les étapes de ta chronique, cher Durendal, mais m'arrêter sur quelques points de la deuxième partie :

En apéritif, ta réaction à propos de « Sherman ! » m'étonne un peu, puisque c'est un film sur l'histoire de la guerre de Sécession américaine. Nous faisons me semble t-il de même en France à propos des guerres napoléoniennes, et lorsqu'on cite Victor Hugo s'exclamant : « c'était Blücher ! »...

Je suis d'accord avec pas mal de choses que tu dis ensuite, j'aimerais juste revenir sur deux points :
Le premier, c'est la manière dont les nordistes sont présentés : le film ne présente pas les nordistes (individuellement) comme des méchants : la scène où on les voit jouer aux cartes ne montrent pas des êtres particulièrement vicieux, ce sont des personnes qui s'occupent durant un siège, avec une activité qui n'est pas violente en soi.

Plus tard, lorsque la réunion du KKK aura été éventé, les soldats nordistes qui viennent à la maison des femmes sudistes restent courtois ; ils frappent avant d'entrer (il y a même un suspens un peu ridicule à ce moment-là), et restent polis pendant tout le dialogue. Politesse des vainqueurs en pays conquis, sans doute, ce qui les rend odieux et insupportables à leurs hôtes, mais objectivement, on ne peut nier que l'hostilité vient du côté des personnages sudistes.
On assiste d'ailleurs là à une scène curieuse et intéressante : la scène est typiquement celle d'un sudiste qui cherche à montrer sa bonne foi, non pas en faisant du vainqueur un monstre, mais en insistant sur ce qu'il ressent face à cette invasion (invasion de la maison par les soldats nordistes comme invasion du territoire par l'Union).

A un moment, (vers le début de la seconde vidéo) j'ai retenu ce que tu disais par rapport au fait que les sudistes avaient voulu la guerre et qu'ils devaient l'assumer : il me semble alors que tu te places du point de vue du vainqueur, c'est une position facile. 

Il est vrai que la Confédération a voulu cette guerre, mais on peut dire la même chose des Etats-Unis qui ont voulu la guerre d'indépendance Américaine de 1775, ou de la guerre de 14-18 en France ( : je profite d'ailleurs de l'occasion pour m'inscrire en faux contre les hypocrisies qui veulent que cette guerre n'était pas voulue, alors que toute la littérature populaire Française de l'époque exprimait son désir de revanche sur la défaite de 1870 ! Il serait bien miraculeux que seuls nos gouvernants de l'époque aient échappé à cette esprit de la revanche..! Nous oublions souvent que nous aimons nous donner le beau rôle nous aussi, et que, comme le dit Erasme : « car quel est celui qui ne regarde pas sa cause comme la bonne ? » (propos attribué à Erasme par Stefan Zweig. dans sa biographie)

En conclusion, j'en viens à un passage de ta vidéo qui m'a beaucoup marqué : l'épisode de l'esclave affranchi qui s'exclame : « A muuule !? »
Il est vrai qu'il s'agit d'une représentation caricaturale qui a tout lieu de t'énerver, je le comprends. Mais il s'agit d'une caricature d'une réaction qui est historiquement véridique.
Les Sudistes se sont effectivement beaucoup moqué des noirs qui étaient plus intéressés par une mule que par une terre.

Il faut se rappeler que les noirs fraîchement affranchis, découvraient pour la première fois de leur vie la jouissance du droit de propriété : les esclaves ne pouvaient rien posséder. La terre, ils la travaillaient cependant tous les jours.

Annoncer à un esclave affranchi qu'on lui offre une terre, c'est proclamer qu'on se moque de lui : pour lui, la terre est synonyme de travail éprouvant.

A côté de çà, l'esclave n'a jamais pu posséder de bête de somme. Quand on devait transporter des sacs de coton jusqu'à une grange, l'esclave le portait sur son dos.
La mule représente pour lui non pas un surcroît de travail, mais au contraire une diminution de sa charge de labeur, parce que la mule va transporter le sac de coton à la place du dos de l'ancien esclave.

Il n'est donc guère étonnant que le noir affranchi soit plus émerveillé par l'idée de posséder une mule qu'un lopin de terre.

C'était une réaction courante à l'époque, et les sudistes, effectivement, ne se sont pas privés d'y voir une idiotie et de s'en moquer, parce que comme toi, ils ne comprenaient pas ce que pouvait représenter la possession d'une mule pour un noir affranchi.

Voilà, j'espère ne pas avoir dit trop d'âneries, il est possible aussi que je me trompe dans mon interprétation. Ceci dit, AELV est loin d'être dans mes films favoris, je ne suis donc pas mécontent d'avoir eu, avec tes vidéos, quelques arguments pour le critiquer aussi.

vendredi 27 mai 2016

Le cas Lhermitte

Cela fait bien quelques temps que je n'avais pas écrit sur ce blog, qui tombe un peu en déshérence au milieu de mes multiples activités... Et pourtant ! Jamais je n'avais envisagé de le délaisser ainsi. Je ne sais si je pourrais un jour reprendre une activité weblogueuse régulière, mais profitons du moment présent, le reste suivra et... advienne que pourra, somme toute.

Ce soir - ou cette nuit, plutôt - je suis de retour de l'avant-première lilloise de La Nouvelle vie de Paul Sneijder de Thomas Vincent, adapté du roman Le cas Sneijder, de Jean-Paul Dubois, et avec Thierry Lhermitte dans le rôle principal (d'où le titre de ce billet). Et c'est, je le réalise, la première fois que je poste une critique sur ce blog-ci, depuis que j'ai fermé mon ancien blog de rôliste amateur de cinéma... Il faut dire qu'à l'origine, ce blog se voulait strictement documentaire, et quasi-professionnel (puisqu'il était un outil de préparation au métier de professeur-doc auquel je me destinais), mais la vie réserve bien des détours et des circonstances étranges, et ce blog en est le signe : d'abord j'ai dû, pour diverses raisons, y héberger une somme d'articles ludologiques et rôlistiques, lorsque j'ai abandonné l'un de mes sites web, ce qui l'a rendu assez *hybride* ; et puis, je l'ai délaissé pendant une grande période... après que ma vie ait pris diverses orientations dans ce monde et cette société du mouvant...

Ceci dit, je ne suis pas là pour vous raconter ma vie, mais plutôt celle de Mr. Sneijder... Ou plutôt, pour ne PAS vous la raconter... Je ne voudrais pas spoiler un film dont l'intérêt certain, est d'en découvrir toute la richesse. Et après avoir lu cette phrase, vous comprendrez toute l'estime que j'ai pour ce film.

D'abord, c'est un rôle particulier pour Thierry Lhermitte, que je n'étais pas habitué à regarder ainsi, dans la peau d'un personnage plutôt dramatique. Et cependant, le film ne manque pas d'humour... Comme ce blog, donc : un film hybride, entre un cynisme certain - et des dialogues sérieux, aux enjeux tendus -, et des passages très drôles, l'équilibre se révèle harmonieux, presque parfait :
l'humour ne nuit pas à l'importance de l'intrigue et de la détresse du héros, mais offre une détente bienvenue, et un ton décalé, léger sur un problème éthique personnel grave. Il navigue ainsi entre le drame et le thriller urbain.

Je dois ajouter que, malgré cela, le film ne tombe jamais dans une dénonciation caricaturale de la société actuelle, mais sait exprimer avec finesse et subtilité un vrai drame humain, tant psychologique que sociétal et, en un mot, humain.

Quelques mots de l'intrigue : suite à un accident d’ascenseur, la seule victime survivante, Paul Sneijder, qui a perdu sa fille dans le drame, subit des pressions de la part de sa famille (recomposée) et des avocats, pour entamer des poursuites judiciaires contre les compagnies responsables de la construction et de l'entretien dudit ascenseur...
Traumatisé par l'événement, Paul Sneijder quitte son travail pour devenir gardien de chiens, et cherche sa propre solution pour survivre au drame qu'il a vécu et reconstruire sa vie.

Il m'a beaucoup fait penser au livre d'Albert Camus, L’Étranger, car il met en scène une personne qui parle un langage différent de celui de la norme, ce qui aboutit à une incompréhension, une tension qui fait toute la beauté de ce film.

Après les grands succès des années 1990, que j'avais beaucoup appréciés (Promotion Canapé, La Totale !, Un indien dans la Ville, Le Dîner de cons, ...), j'ai découvert avec énormément de plaisir une nouvelle facette de Thierry Lhermitte, qui démontre ici - s'il en était encore besoin - l'étendue de son talent.

mercredi 4 juin 2014

Dis oui !

Ce soir, c'est la fête : je vous propose donc une autre blague presque (pas) drôle :

Durant une séance pédagogique avec des troisième sur la recherche documentaire dans le cadre de leurs parcours d'orientation, le professeur-documentaliste évoque la classification Dewey qui permet de retrouver des documents dans le catalogue, en fonction du thème et du sujet de recherche.
A ce moment, un élève vocifère de sa voix tonitruante :
- OUI !
Surpris par cette perturbation, le professeur-documentaliste se tourne vers l'élève en question et lui demande quelle est la cause de cette intervention intempestive (allitération, quand tu nous tiens...), le prof-doc de se tourner vers lui, et de lui demander quelle en est la cause :
- bein quoi, m'sieur (/m'dame) vous nous avez dit "dis oui !", j'obéis.



(Dewey : [djui] en anglais, se prononce "diou-i"...)

catalogue...

Histoire de se détendre un peu en cette période de concours, une petite blague improvisée en covoiturage de retour par votre serviteur (pas forcément drôle, mais quand on revient d'un oral de concours, tout paraît plus rigolo ;-) !)


Un élève veut retrouver, pour son travail, un document numérique sur une base de données documentaires en ligne. Peu satisfait des résultats du moteur de recherche, il s'en plaint auprès du professeur documentaliste, qui, lui présentant BCDI (ou PMB, selon...) lui dit :
- bein, t'as qu'à loguer !


(en anglais "log in" = se connecter à un site web via un compte personnel.)

jeudi 20 février 2014

Enquête sur les usages des espaces info-documentaires

Pour cette enquête, un questionnaire a été publié à l'attention des élèves de mon établissement.
Vous pourrez le retrouver en cliquant ici : questionnaire nouveau C.D.I.